Actualité Mercredi 19 septembre 2018

INéO et le programme HOPE

INéO et le programme HOPE

Il ne faut pas sous-estimer la somme de travail, l’abnégation, l’effort intellectuel nécessaires aux réfugiés de langue arabe, qui ne parlent pas un mot de français à leur arrivée dans l’Hexagone, pour apprendre en quelques mois les rudiments de notre langue et être en mesure de mener une conversation basique. « C’est très, très, très difficile… », résume Altom Altom Soulaiman, un Soudanais âgé de 26 ans qui a quitté son pays, et la ville de Talodi, en 2014 pour fuir la guerre civile.

 

« Autre logique, bouleversement culturel complet »

Pour tous, ce n’est pas un simple apprentissage. C’est un sésame qui peut ouvrir bien des portes. Par rapport à leur langue maternelle, « c’est une autre logique, un chamboulement dans l’espace avec un nouvel alphabet et un sens de lecture et d’écriture inversé », explique Céline Courtois, responsable d’INéO, une entreprise de travail temporaire d’insertion basée à Valentigney et rayonnant dans le Nord Franche-Comté (1). « C’est un bouleversement culturel complet ». Or « la maîtrise du français est vitale pour faciliter leur insertion sociale et professionnelle, interagir au quotidien avec leur nouvel environnement, éviter de se faire berner, duper par des interlocuteurs malintentionnés ». Pour apprendre la langue de Molière qu’il parle aujourd’hui très correctement, Altom Altom Soulaiman s’est accroché, n’a rien lâché.

Le parcours de ce coiffeur de formation est celui de milliers d’autres réfugiés : passage par la Libye en proie au chaos et où l’être humain est désormais une marchandise comme une autre ; embarquement improbable sur un bateau pneumatique surchargé contre quelques milliers d’euros ; traversée de la Méditerranée la peur au ventre ; accostage en Italie avant de rejoindre la France et l’ex-Jungle de Calais.

L’État français l’a ensuite envoyé à Besançon, puis à Sochaux. Depuis quatre mois, il travaille à la chaîne, en intérim, à l’usine PSA. Un contrat renouvelable jusqu’à vingt-quatre mois. « J’ai commencé par poser les vitres sur les portes des voitures ; aujourd’hui, j’installe le faisceau électrique sur les portes arrière gauche ».

HOPE, un acronyme chargé d’espoir

Pour accéder au marché du travail français, Altom Altom Soulaiman a intégré un dispositif créé spécialement pour accompagner et former des personnes réfugiées sur des métiers en tension. Mis en place à titre expérimental en Ile-de-France il y a deux ans, il a aujourd’hui été étendu à l’ensemble du territoire national. Porté dans le Nord Franche-Comté par INéO, il a pour nom HOPE (hébergement, orientation, parcours vers l’emploi), un acronyme en forme de symbole (« hope » signifie « espoir » en anglais).

Préalable obligatoire pour ses bénéficiaires : suivre des cours de français langue étrangère, sanctionnés par un examen, via l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Ils ont lieu à l’Afpa à Belfort. Aux côtés du jeune Soudanais, au sein du dispositif HOPE, figuraient sept autres réfugiés. À l’issue de la formation linguistique, « il y a eu 100 % de réussite », souligne Céline Courtois. « Chez tous, il y a la volonté farouche de parler français, de comprendre le fonctionnement de notre société et de s’intégrer, de trouver du travail. » Sus, donc, aux xénophobes et autres racistes qui assimilent les réfugiés à des profiteurs.

 

Un deuxième groupe à partir de mi-octobre

Confrontés à des difficultés chroniques de recrutement, l’industrie et le BTP sont les secteurs principaux d’insertion pour les réfugiés. Parmi les huit qui ont inauguré le dispositif HOPE dans le Nord Franche-Comté d’octobre 2017 à juin 2018 (2) , sept travaillent aujourd’hui à l’usine PSA de Sochaux (cinq Soudanais, un Syrien, un Afghan), le huitième (un Koweïtien) est employé dans un garage à Belfort en tant que mécanicien.

Mi-octobre, INéO va réitérer l’expérience HOPE avec la création d’un deuxième groupe (de 8 à 10 personnes probablement). Le cycle de formation s’achèvera au printemps 2019.

(1) INéO fait partie de l’ensemblier DéFI, spécialiste de l’insertion par l’activité économique. (2) Sur la même période, un programme similaire a été mené en Haute-Saône avec dix réfugiés qui travaillent aujourd’hui à l’usine PSA de Vesoul (logistique).

 

"Nous n’avons pas vocation à fidéliser les réfugiés intérimaires. Nous les accompagnons pendant deux ans. Au-delà, il faut qu’ils sortent du programme HOPE avec une solution, soit avec un emploi, soit avec une formation."

Céline Courtois, responsable d’INéO